jeudi 8 décembre 2011

Carnet de tournée - déjà finie...

Je pense que ma tentative de commenter régulièrement ma tournée acadienne est un échec retentissant. C'est pas plus grave que ça. C'est juste un signe évident que je pensais avoir plus de temps pour moi, que je savais pas trop à quoi m'attendre finalement.
Mais la tournée en générale a vraiment très bien été. On a eu de superbes salles! Avec beaucoup de monde, en comparaison avec les audiences habituelles. Même G et T qui ont des années d'expériences de tournée acadienne, étaient impressionnés!
On a fait quand même pas mal de route. On a pas vu d'orignal (ma crainte d'en frapper un étant la seule chose capable de me garder réveillée à 5am dans le camion qui roule à 120km/h sur le chemin des Ressources), mais on a vu 3 chevreuils (au centre-ville de St-John's) et 1 renard (pas loin du TimHorton's de Quispamsis) et un aigle (dans la vallée de la Matapédia).

En quittant Ottawa, j'étais pleine de bonnes intentions culinaires. Je me disais que je ne mangerais pas des patates tous les jours et que je slackerais les déjeuners-2-oeufs-bacon. Je suis même allée m'acheter une grappe de raisin et une boîte de clémentine ultra acides. Évidemment, ça a pas pris 3secondes que je mangeais des petites patates déjeuner avec les gars. À tous les matins. Ouin, j'ai peu overdosé de gluten, oeufs/bacon, gras, beurre, etc. Une chance que je dépensais pas mal d'énergie en montage/démontage parce que sinon, je serais revenue avec un lourd souvenir de tournée.

Assez rapidement aussi, G et T se sont mis à rire de moi un peu parce que je voulais toujours une chambre avec vue. Je savais jamais c'était quoi la meilleure vue, mais j'en voulais une.
Comme à St-Jean, on était deux nuits dans un hôtel mi-luxueux sur le bord de la baie. Avec notre chance, on a eu trois chambres avec vue sur l'autoroute, du côté opposé à l'eau. Avec au dessus de l'autoroute, un gros rocher laid avec des lettres géantes épelant St-John mais avec le n qui allumait plus. De toute beauté.

À Miramichi, je pense que c'était le pire hôtel de la run. D'abord, y avait pas de chauffage dans la chambre, pas de pression dans la douche et évidemment, juste de l'eau froide, pas d'internet (bienvenu dans le 21e siècle!!!) et pas d'ascenseur (un calvaire pour moi et mes 4 valises). Mais surtout, tout l'étage, sauf ma chambre, était occupé par un genre de groupe familial weird avec des petites filles de 8 ans qui courraient partout dans les corridors en mangeant des biscuits pendant que les parents veillaient dans le corridor, assis sur les fauteuils sortis de leurs chambres, avec des verres à bière en plastique remplis de vin rouge cheap qui sent fort. C'était assez impressionnant de voir tous ces parents là se paqueter pendant que les enfants foutaient le bordel. Et ça a duré jusqu'à tard dans la nuit.
Le meilleur, c'était à Tracadie. Parce que T et moi partagions un chalet sur le bord de l'eau et parce qu'on était proche des salles de spectacles, on commençait plus tard alors j'avais le temps d'aller marcher sur le bord.



Le premier matin, c'était plein de neige et il faisait frette un peu et y avait des traces de renards dans la neige. Le deuxième matin, c'était chaud et tout était fondu et la lumière était comme dorée, magnifique.



Le chalet était parfait aussi, avec un foyer au gaz et le câble pour qu'on puisse écouter une game et une grande douche dans laquelle d'un côté y avait mes six bouteilles de shampoing-revitalisant-savon-lait-gel-etc et de l'autre côté, une seule bouteille de OldSpice. J'pense c'est là que T a réalisé que j'étais beaucoup plus fifille qu'il pensait.
À Caraquet, l'hôtel était pas super mais on avait vue sur la mer, avec une promenade en bois et des goélands géants qui tournaient autour des bateaux de pêcheurs.


Mais dans ma poubelle de chambre, y avait quand même déjà une serviette sanitaire utilisée et y avait aussi quelques longs cheveux dans le bain. Ça, c'était moins bucolique, mettons. Le plus cool de Caraquet, c'était quand on est arrivé et que G m'a pointé toutes les places dont Boy parle dans le show. Théâtre du Bocage, Chez Toutoune, Café Phare chez Bobby, le vieux couvent, etc...
Au Bic, on avait l'Auberge à nous tout seul. On a même pu choisir nos chambres. J'avais celle avec vu sur le cimetière, avec la douche qui était soit brulante, soir gelée. Annexé à l'auberge, y avait le bar LeVillageois, au décor très chaleureux, tout en bois, avec une immense tête d'orignal et une de chevreuil sur les murs et une table de billard et juste des habitués, évidemment. Avec la barmaid tellement smat qu'elle nous a installés dans le resto de l'Auberge pour qu'on puisse écouter la game avec du son. Y avait aussi les cuisinières qui sont rentrées travailler plus tôt juste pour nous faire à déjeuner et dont on entendait les dialogues criés de la cuisine. Ça ressemblait à ça:
"A- Ark, tu sens donc bien le poisson, c'est dégueulasse.
B-Ouin ben habitues toi parce que je retourne pas chez nous avant demain soir.
A-Crisse de cochonne
B-Faut ce qui faut....
"
Et on pense que c'est B qui nous a fait nos pains dorés...

Après Grand Sault, on avait un peu la chienne de ce qui nous attendait dans chaque salle. Finalement, tout a pas mal bien été. Pas d'autres grosses surprises du genre. Par contre, on a eu en masse de techniciens de 15ans boutonneux et plein d'attitude. Le pire était probablement le "DT" de la salle de Fredericton, âgé de max 16 ans et qui était convaincu que bien faire sa job était de rester enfermé dans son bureau à surfer sur son ordi pendant que nous travaillions dans "sa" salle. Il est pas le seul "dt" à croire ça, me direz-vous... C'est vrai que ça a pas rapport avec son âge. Mais n'empêche que j'aurais eu envie d'aller le secouer et d'y expliquer la vie. Surtout après que j'y ai dit, en français, "on a besoin de pendrillons à jardin" et qu'il me réponde, avec un sourire fendant "jardin...? I never know if it's StageRight or StageLeft. Never thought it was worth learning anyways". Argh!
Y a aussi eu la pire technicienne ever. Elle, je l'aurais secouée aussi juste pour la punir de donner une si mauvaise image des filles tech. Elle marchait à -10km/h, regardait tout le monde travailler avec un air abasourdi, comme étonnée d'être là, forçait absolument sur rien (après avoir bougé 5 chaises en 4 voyages, elle a pris une pause!) et quand on lui a demandé une power bar, elle a dit, après un délai de 90secondes, "C'est quoi, une power bar?"...
Y a eu Gilles, le trop motivé monsieur de 60ans, à Kedgwick, qui voulait tellement mais tellement nous aider mais qui finissait toujours par être dans le chemin parce qu'il faisait n'importe quoi et c'était plus épuisant qu'autre chose. Il me tapait un peu sur les nerfs aussi parce qu'il arrêtait pas de me prendre les trucs des mains, comme si tout était trop lourd pour moi. Mais j'ai été vengée quand il m'a forcée à lui donner le rouleau de tapis de danse et qu'il n'a pas été capable de le transporter. Il m'a dit "ouais, t'es forte pour une fille". J'y aurais donné un coup de rouleau de tapis si je m'étais pas retenue.
À Kedgwick toujours, y avait aussi Yvan, qui a pris 15 minutes durant le démontage pour m'expliquer (pendant que je travaillais et qu'il restait planté à côté de moi à jaser) qu'il avait deux jambes en plastique (petits coups et sons à l'appui) et qu'il avait pas peur de se casser une jambe dans la neige dehors à cause de ça et que les docteurs lui avaient dit qu'il marcherait plus jamais et depuis, il a paralysé deux fois et qu'un de ses chums rencontré dans un centre de réhabilitation s'était pendu. C'est là que je suis partie, sans rien dire. Parce que bon, Yvan, on s'entend que déjà, c'est lourd que tu me racontes ça. C'est encore plus pénible que tu le fasses pendant qu'on travaille.

À chaque ville, la/le responsable de la programmation culturelle présentait le show. Généralement, il/elle remerciait les commanditaires et annonçait les shows à venir (La famille Dion chante Noël - à Memramcook, entre autres). Mais certains d'entre eux avaient tendance à vouloir vanter notre show, ce qui est un peu absurde vu que le monde assit dans la salle a déjà acheté leurs billets et qu'on a pas besoin de les convaincre de venir. Quand même, la grande gagnante, c'est la madame de Shippagan qui a dit quelque chose qui ressemblait beaucoup à: "Vous allez voir ce soir un spectacle extraordinaire, rempli de belles émotions, vous allez vous en rendre compte pendant le show. Boy fait preuve d'une très grande versatilité, il a même gagné deux prix importants pour la qualité de son jeu. Vraiment un show extraordinaire. Place à Boy!" Et pendant tout ce temps, Boy est sur scène, les yeux écarquillés, sans réussir à croire qu'il entend ça. Et le public qui angoisse de pas tout comprendre, tout d'un coup, de ce show parait-il si extraordinaire... Y a aussi eu la dame de Tracadie qui faisait ça pour la première fois et qui a dit "Place au cinéma!". La dame de Kedgwick, elle, avait écrit un long long long texte très littéraire qu'elle était incapable de lire de manière naturelle et probablement à cause de ses broches, on comprenait rien de ce qu'elle disait, à part le bout "si l'envie vous prend de vous imprégner déjà de la magie de Noël..."


Ça fait que je suis revenue depuis mardi. Et depuis mardi, ma valise est éventrée dans mon salon et j'éparpille au fur et à mesure ce que j'en sors. Comme si je désirais secrètement étirer le sentiment de tournée, comme si je voulais pas trop revenir à ma réalité. Parce que la tournée, comme le disait T, c'est une bulle intemporelle à l'extérieur du reste du monde. Mais j'ai pris du retard partout autour et il faut que je la pète, cette bulle là. Et surtout, il faut que je m'occupe l'esprit jusqu'au 16, jour d'arrivée de mon Indien*.


(*histoire à suivre...)

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